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Selon Edouard Philippe « La difficulté́ d'accéder à un médecin » a émergé du Grand débat.

Après trois mois de discussions, l’heure est à la restitutiondu Grand Débat. La synthèse des rencontres, cahiers citoyens, et contributions libres était présentée ce lundi matin.
Ce bilan a permis une fois encore de faire ressortir l'importance pour les Français des questions de santé, et plus particulièrement l'accès à un système de santé solidaire.

En effet, même si un ras-le-bol fiscal émerge des résultats du Grand débat, la santé est le domaine où les Français se disent prêts à payer plus d’impôts (16,1 %) avant l’éducation (14,8 %) et l’environnement et l’écologie (10,1 %). Une réponse qui s’explique aussi par le fait que les participants considèrent que la santé est également l’endroit où la protection sociale doit être renforcée en priorité (27,8 %). 23,1 % citent la santé demanière globale, 3,6 % évoquent l’hôpital, 2,8 % l’aide aux personnes malades, 0,8 % l’accès aux soins et 0,5 % la luttecontre les déserts médicaux. 

Le deuxième thème dans lequelles Français réclament une meilleure protection sociale n’estd’ailleurs pas sans lien avec la santé puisqu’il s’agit de l’aide aux personnes âgées (16,9 %).

L'accès aux soins s'invite au Grand DébatLe grand débat a permis de voir que la santé était bel et bien une préoccupation majeure des Français et elle s'est imposée dans le grand débat alors qu’elle ne faisait pas partie des thématiques retenues par le gouvernement (transition écologique, fiscalité, organisation de l'État et des services publics et démocratie). « La thématique de la santé s’est invitée dans les questions que nous avions posées aux Français :l’accès à un médecin traitant, l’organisation, l’accès au tissu hospitalier », a souligné Édouard Philippe lors de la restitution,ajoutant qu’il n’était « pas surpris » de voir cette préoccupation,cette « angoisse, pas toujours sourde » monter.

En effet, parmi les contributions spontanées, 30,4 % des Français ont estimé qu’il était nécessaire de renforcer dans les territoires l'organisation des services publics permettant l’accès à la santé. Le territoire serait d’ailleurs l’échelon adéquat pour résoudre les problèmes d’accès aux soins pour une partie des contributeurs puisque 7,5 % pensent que la santé est une mission que l’État devrait transférer aux collectivités territoriales, seul le domaine des transports fait mieux(12,7 %).

Par ailleurs dans les diverses propositions dans le champ de la santé, une fait consensus :l’accompagnement la fin de vie avec notamment la légalisation de l’euthanasie.

Article d’Amandine Le Blanc sur le site du GENERALISTE en ligne du 8 avril 2019

Pour y accéder cliquez sur le lien suivant https://www.legeneraliste.fr/actualites/article/2019/04/08/la-difficulte-dacceder-a-un-medecin-a-emerge-du-grand-debat-selon-edouard-philippe_318197

 


Extrait d'article du journal LE MONDE du  8 avril 2019

 

En Espagne, la légalisation de l’euthanasie est devenue un des thèmes de campagne.

Touchée par le geste d’un homme ayant filmé le suicide assisté de son épouse, le pays débat une nouvelle fois d’une loi sur le sujet.

Manifestation de soutien à Angel Hernandez, à Madrid (Espagne), le 5 avril. PAUL WHITE / AP

LETTRE DE MADRID

« Maria José, le moment que tu désirais tant est arrivé. Je vais t’aider. Je vais te prêter mes mains. Tu es décidée ? », demande Angel Hernandez à son épouse sur une vidéo filmée jeudi 4 avril et dont des extraits ont été diffusés par la presse espagnole ces derniers jours. « Oui », articule péniblement Maria José Carrasco, 62 ans, visage émacié, souffle court, atteinte depuis 30 ans de sclérose en plaques. Son mari lui donne alors un verre avec une paille. D’abord rempli d’eau, afin de s’assurer qu’elle peut l’avaler. Avant d’y verser un barbiturique, du Pentobarbital de sodium, acheté sur Internet, et de lui prendre tendrement la main.

En octobre 2018, Mme Carrasco avait demandé à mourir devant les caméras de la télévision publique espagnole TVE. Et son mari affirme l’avoir déjà empêché de se suicider il y a vingt ans. Jeudi 4 avril, après la mort de son épouse, M. Hernandez, 69 ans, a été placé en garde à vue pour un possible homicide.

Opportunisme et surenchère

Son histoire, bouleversante, a placé le débat sur le suicide assisté et l’euthanasie au cœur de la campagne pour les élections législatives anticipées du 28 avril. Alors même qu’il semblait sur le point d’être réglé lors de la précédente législature. Et l’aurait sans doute été si les partis politiques n’avaient pas joué, ces derniers mois, le blocage, l’opportunisme ou la surenchère.

« Je suis bouleversé par l’affaire de Maria José, a publié le chef du gouvernement, le socialiste Pedro Sanchez, sur le réseau social Twitter. Cela aurait pu être évité. PP [le Parti populaire, droite] et Ciudadanos ont bloqué à 19 reprises l’initiative parlementaire du Parti socialiste visant à réguler l’euthanasie. Mon engagement est ferme : si j’ai une majorité parlementaire ce droit sera reconnu », a-t-il ajouté, provoquant des critiques sur l’utilisation de ce drame à des fins électoralistes.

En juin 2018, le Parlement a effectivement approuvé par une large majorité une proposition de loi du Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE) visant à réguler le suicide assisté. Seul le Parti populaire a voté contre ce texte qui définissait l’euthanasie comme un « droit individuel »auquel pouvaient avoir recours ceux qui souffrent d’« une maladie grave ou incurable avec un pronostic vital limité » ou « un handicap grave, chronique et irréversible », qui provoque « une souffrance insupportable ».

Depuis, cependant, le parcours législatif du texte a été bloqué par le bureau du Parlement, contrôlé par le PP et le parti libéral Ciudadanos. Le Parti populaire a fait obstruction en demandant à de nombreuses reprises d’allonger la période de dépôt d’amendements. Ciudadanos, qui y est favorable, a estimé qu’avant de l’approuver, il était indispensable que soit voté son projet de loi de « mort digne », qui régule les soins palliatifs à l’échelle nationale. Un an plus tôt, le PSOE s’était quant à lui opposé à une proposition de loi sur l’euthanasie présentée par Podemos, considérant qu’elle n’était pas assez exigeante sur les conditions requises pour y avoir droit.

Ample consensus

Le débat sur l’euthanasie est récurrent dans le pays depuis une vingtaine d’années. En 1998, le marin et écrivain Ramon Sampedro de 55 ans, tétraplégique depuis qu’il en avait 25, a été le premier Espagnol à demander à la justice de pouvoir être aidé à mourir. En vain. Il a fini par se suicider au cyanure avec l’aide, alors clandestine, de son amie, Ramona Maneiro. Son histoire avait bouleversé l’Espagne. Le cinéaste Alejandro Amenabar en a tiré un magnifique film en 2004, Mar Adentro, avec Javier Bardem. Et un ample consensus s’est construit autour de la question de l’euthanasie.

Selon la dernière enquête d’opinion sur la question, réalisée par Ipsos en novembre, 85 % des Espagnols sont favorables à sa régularisation. « Dans tous les sondages, plus de 80 % des citoyens soutiennent l’euthanasie, par conséquent c’est une anomalie démocratique qu’elle continue à être punie par le code pénal, a affirmé l’association Droit à mourir dignement, dans un communiqué. Sur aucune autre question, il existe une telle distance entre ce que pense la société et ce que prévoient les lois. »

Cette association, qui regroupe plus de 5000 membres, distribue un guide, sur demande, qui explique comme mettre fin à sa vie de manière sûre et obtenir sur Internet les médicaments nécessaires. Chaque année, près de 200 personnes le sollicitent. Combien le mettent en pratique clandestinement ?

Angel Hernandez, pour sa part, a choisi de revendiquer son acte publiquement. Vendredi 5 avril, après avoir confessé avoir aidé sa femme à mourir et fourni aux enquêteurs plus de deux heures de vidéos sur lesquelles sa femme, de plus en plus affaiblie par la maladie, incapable de se déplacer, ni même d’articuler clairement une phrase, demandait de mettre fin à ses jours, il a été placé en liberté provisoire.

Mis en examen pour « coopération au suicide », un crime passible de deux ans à dix ans de prison, il devrait bénéficier des circonstances atténuantes prévues par une loi de 1996 : que la personne qui s’est suicidée ait demandé de mourir ou qu’elle souffre d’une maladie grave, ce qui pourrait lui permettre d’éviter la prison. « Pour ma femme, la loi d’euthanasie n’est plus nécessaire, s’est-il expliqué en sortant des tribunaux. Mais beaucoup d’autres personnes en ont besoin. »

Sandrine Morel (Madrid, correspondance)