Lettre ouverte à marie de hennezel

Marie de Hennezel était la “personnalité de la semaine” sur France Inter le 7 octobre dernier. À cette occasion elle été interviewée à propos de la fin de vie en France et a notamment commenté le combat d’Anne Bert.

 

Madame de Hennezel a fait et continue de faire un travail exceptionnel pour améliorer les soins palliatifs en France, personne ne le contestera, et cela est tout à son honneur. J’ai pourtant pensé que ses propos ne reflètent pas une image réaliste de la fin de vie des gens ordinaires en France et que je devais lui faire connaître notre opinion.

 

Voici la lettre que je lui adresse.

 

Madame,

 

Permettez-moi de vous écrire ici puisqu’il n’est pas possible de vous écrire via votre site internet et que votre interview, que l’on peut écouter sur le site de France Inter, n’autorise pas les commentaires.

 

Je m’appelle Marie Godard, suis une modeste écrivain, tout comme l’était mon amie Anne Bert. Je ne vous cache pas que j’ai été extrêmement choquée du discours que vous avez tenu sur France Inter il y a quelques jours.

 

Je ne souhaite en rien contester vos compétences mais plutôt porter à votre attention le simple fait que vous êtes, en dépit de vos études, de vos livres et de votre expérience de thérapeute, mal placée pour nous dire

 

– que la loi actuelle est suffisante,

– que le personnel soignant fait tout ce qu’il faut pour aider les malades en fin de vie à ne pas avoir l’impression d’être des paquets,

– et qu’Anne Bert n’avait pas vraiment matière à se donner la mort car ses raisons ne sont pas recevables, dans la mesure où ce qu’elle exprime de ses craintes dans son livre récemment paru est sans fondement.

 

Pourquoi dis-je que vous êtes mal placée?

 

Mais parce que toute votre pratique de l’accompagnement de personnes malades ou en fin de vie, est, par définition, exceptionnelle, hors cadre, puisqu’un nombre infime de personnes en fin de vie ont accès aux Marie de Hennezel de ce monde. Vous ne pouvez en aucun cas écrire les statistiques en vous basant sur ceux que vous avez rencontrés dans le contexte de la fin de vie.

 

Madame, sans vouloir vous blesser, il faut que vous preniez conscience que vous n’êtes pas dans ce qu’il convient d’appeler “la vraie vie”, celle des gens qui n’ont pas accès au mieux de ce que la médecine peut offrir, aux EHPADs “de qualité” où le personnel soignant est en nombre suffisant pour pouvoir prendre le temps de s’occuper vraiment des personnes en fin de vie.

 

Vous n’avez pas la moindre idée de ce qui se passe dans tous ces autres lieux où vous n’aurez jamais, je vous le souhaite, l’occasion de mettre les pieds.

 

On ne peut pas dire qu’on sait que les Français meurent bien et que la loi Claeys-Leonetti est suffisante quand on écrit sur François Mitterand, sur sa fin de vie et sur la relation privilégiée que l’on a eue avec lui.

 

Vous ne mesurez pas l’écart qui existe entre les soins qui ont été prodigués à cet homme et ceux que reçoivent les lambdas qui se retrouvent dans un EHPAD de Gaillac dans le Tarn. Aucune idée.

 

Mais comme je vous espère plus ouverte et disposée à revoir votre copie que ce qu’on pourrait croire, je vais vous donner la possibilité d’avancer dans votre réflexion et de faire évoluer votre opinion sur la fin de vie en France en vous rendant tout simplement sur deux sites, celui de la pétition que j’ai lancée le 2 août dernier pour que nous obtenions enfin une loi de type belge sur l’aide active à mourir, où vous verrez des dizaines de milliers de témoignages sur des fins de vie terribles, ainsi que sur un site que j’ai créé il y a deux mois pour recueillir les témoignages de personnes en fin de vie et de ceux qui les accompagnent.

 

Je reçois une telle quantité de témoignages que les journées ne sont pas assez longues pour tous les prendre en compte. Il y en a déjà approximativement 150 sur le site, en tout cas, suffisamment pour que vous puissiez vous faire une idée de ce qui se passe en dehors du monde privilégié où vous évoluez.

 

Vous verrez alors que pour tous ces gens, il arrive un moment où la souffrance devient insupportable et où la vie, qui n’en est plus une, ne vaut plus d’être vécue et peut-être comprendrez-vous que l’on puisse ne pas vouloir être emmuré dans son corps, sans plus pouvoir communiquer autrement qu’avec ses yeux, comme cela allait arriver à Anne Bert, atteinte de la maladie de Charcot, et que l’on choisisse d’interrompre avant cette insupportable marche vers la mort.

 

Le “paquet” dont elle parle, vous en avez mal compris le sens. Ce n’est pas la façon dont elle aurait été traitée par le personnel soignant autant que l’état dans lequel elle aurait été lorsqu’elle n’aurait plus eu d’autre choix que de quitter sa maison pour se retrouver en soins palliatifs. C’est cette perspective qu’elle ne supportait pas.

 

Je terminerai en disant que vous n’avez pas le droit de dire, comme vous le faites, que l’on n’a pas besoin d’arrêter de vivre avant la fin car il y a tout ce qu’il faut pour qu’on reste jusqu’au bout. Vous n’avez pas le droit de le dire car c’est faux ainsi que vous le verrez si vous prenez le temps d’aller voir le site et la pétition.

 

Le lien vers le site de témoignages est le suivant: www.temoignagesfindevie.fr

 

et voici le lien vers la pétition, laquelle, je vous le signale, a obtenu, en l’espace de deux mois, plus de 220.000 signatures, un nombre qui croît rapidement chaque jour.

 

https://www.change.org/p/battons-nous-pour-obtenir-une-loi-sur-l-aide-active-%C3%A0-mourir

 

Cordialement,

 

Marie Godard

0 réponses

Laisser un commentaire

Participez-vous à la discussion?
N'hésitez pas à contribuer!

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *