Pour Olivier Falorni « Il y a entre 3 000 et 4 000 euthanasies clandestines par an »

Extrait d’une interview sur Public Sénat le 15 octobre à 16h22

On pratiquerait plus de 3 000 euthanasies chaque année en France… et pourtant la législation semble figée. Un an après la disparition d’Anne Bert, qui avait choisi de mettre fin à ses jours, le gouvernement n’a pas souhaité rouvrir le dossier. Pour les partisans de la légalisation il est urgent de mettre fin à la clandestinité de l’euthanasie.

 

Par Marie Oestreich

 

Jusqu’à 4 000 euthanasies clandestines par an : Le verrou français est-il en cause ?

 

Le chiffre frappe les esprits, pour Olivier Falorni, député de Charente-Maritime, on pratiquerait en France « entre 3 000 et 4 000 euthanasies clandestines par an. » Pour lui, l’impossibilité de pouvoir avoir recours légalement à l’euthanasie pousse médecins et patients à la clandestinité, des dérives qui sont, à son sens, un véritable danger. « Le problème est qu’on ne sait pas en l’occurrence et par définition si cela relève de la volonté ou non du malade. »

 

Pour l’ancien député socialiste et auteur d’une proposition de loi « donnant le droit à une fin de vie libre et choisie » en 2017, l’actuelle loi Claeys-Leonetti, n’est pas satisfaisante. Entré en application en 2016, le texte stipule qu’en cas « d’infection grave et contraignante », le patient peut légalement réclamer une sédation profonde jusqu’à la mort, une possibilité d’abréger les souffrances d’un patient incurable.

 

Pour Loup Besmond de Senneville, journaliste au journal La Croix, si la question de la souffrance et des moyens de la limiter reste essentielle, la légalisation du recours à l’euthanasie risquerait d’envoyer un message culpabilisant aux personnes incurables qui ont fait le choix de vivre jusqu’au bout.

 

Pour Olivier Falorni, « Nous sommes face à un débat légitime mais qui reste franco-français, et devrait regarder ce qui se passe à l’extérieur. En Belgique, où la loi est appliquée depuis 16 ans, on voit bien que les dérives, les craintes, que je peux comprendre, n’existent pas. » En effet, le recours à l’aide médicalisée au décès n’a pas fait augmenter de manière significative le nombre d’euthanasies, et cela reste une possibilité, un droit, dont les individus sont libres de disposer ou non.

 

Cet argument ne semble pas recevable pour le journaliste de la Croix, tant pour lui les risques de dérives existent : « Contrairement à ce que prévoyait la loi belge il y a 15 ans, il est possible d’euthanasier des mineurs, donc, qu’est-ce que cela veut dire ? C’est une dérive ou pas ? Moi je pose que la question se pose sérieusement, premier point. Deuxième point : il est possible d’euthanasier des personnes qui sont en dépression ». Ici se pose donc indéniablement la question de la limite de ce que la législation sur l’euthanasie prévoit ou pourrait prévoir et de la réelle portée des organismes qui contrôlent et encadrent la pratique, en Belgique, de cette législation.

 

Humaniser le débat et « aider la société à réfléchir »

 

Médecin et ancien président du comité consultatif national d’éthique, pour Jean-Claude Ameisen, il existe un « déficit scandaleux et tragique en termes d’accompagnement en soin palliatif, mais aussi une indifférence en ce qui concerne la façon dont les personnes veulent vivre leur fin de vie », alors que la loi Claeys-Léonetti est censée favoriser ce processus.

 

Pour ce médecin, il est important par ailleurs d’observer la situation non seulement en Belgique, mais aussi dans les pays où l’assistance au suicide est autorisée comme les États-Unis et le Canada, qui donne l’autonomie, si on le souhaite, d’interrompre sa vie, alors que l’euthanasie va plus loin : elle donne le droit à un médecin, parce qu’on lui demande, d’interrompre la vie d’un malade. Sur la question de l’assistance au suicide, il relève qu’aux États-Unis, « un tiers des personnes qui reçoivent l’autorisation ne le demandent pas, un tiers des personnes qui reçoivent le produit parce qu’elles l’ont demandé ne le prennent pas jusqu’au bout, et seul un tiers le prend. » Pour Jean-Claude Ameisen, le problème en France réside surtout dans le fait que les personnes en fin de vie ne sont pas suffisamment accompagnées, même s’il en reste que le suicide assisté resterait la solution qui respecterait au mieux l’autonomie des individus.

 

Une incohérence entre opinion publique et législation ?

 

D’après un sondage réalisé par le journal La Croix en janvier 2018, 89 % des personnes interrogées seraient favorables à la légalisation du suicide assisté et/ou à l’euthanasie, et, un chiffre d’autant plus parlant, 72 % des catholiques pratiquants sondés répondent y être également favorables. Ces chiffres, qui s’appuient sur un échantillon de 1 010 personnes, semblent montrer que l’opinion publique semble être prête à une évolution de la loi. On pourrait alors se demander si l’évolution de la loi française ne serait pas plus envisageable que ce qu’on pourrait le penser. Pourtant, d’après la ministre de la santé Agnès Buzyn, la loi actuelle de 2016 « répond aux besoins » des malades en fin de vie, et semble considérer la nécessité d’améliorer l’accompagnement en soins palliatifs des patients avant tout.


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