La fille de Rachel LAMBERT

Dr_SENETElle avait quelques mois quand son père a eu son accident de circulation.

Les premières années de sa vie se sont déroulées avec un père absent, pas de présence physique ni d’échanges possibles.
Quand elle arrive à l’âge de raison, que la notion de la vie et de la mort s’impose, sa mère et l’équipe médicale sont d’accord pour que son père meurt « pour de vrai », comme disent les enfants.

Sa mère, ses tantes, ses oncles, son cousin, et certainement beaucoup de proches lui ont alors bien expliqué cette deuxième mort.
Mais, elle aussi, a dû traverser ces dernières années sans comprendre pourquoi son papa, déjà sans sa tête, devait continuer à respirer et à manger pour rien.

Comment a-t-elle compris les huit derniers jours de sédation imposée alors que la décision était enfin prise ? Elle a évidemment vécu cette souffrance supplémentaire même si son entourage a tout fait pour la préserver.

Dans quelques années cette jeune fille, avec son expérience, sera sans doute motivée pour écrire ses directives anticipées et nommer des personnes de confiance, pour protéger ses proches au cas où. Enfin, si rien ne change, en croyant protéger.

Les professeurs de soins palliatifs, les directeurs des diverses instances éthiques, la ministre de la santé, les journalistes spécialisés, M. Clayes, le député qui ne connaît pas la loi qui porte son nom, tous affirment que les directives seront respectées le moment venu, tous mentent… plus ou moins franchement.

La loi est claire, les médecins peuvent décider, soit pour raison d’urgence, soit lorsque c’est « inapproprié ou non conforme », de ne pas entendre et de ne pas répondre à la demande du patient ou de son représentant.

Vincent Lambert serait à coup sûr heureux de savoir que les volontés de sa fille puissent être réellement respectées, comme tous ceux qui ont essuyé des refus d’aide à mourir de la part d’un corps médical encore trop paternaliste.

Mesdames (surtout) et Messieurs nos élu(e)s ayez le courage de faire ce pas législatif, y compris pour vous.

Je souhaite une belle et longue vie à la fille de Rachel et Vincent.

Docteur Bernard Senet, généraliste retraité, membre du Collège décisionnel du Choix – 14 juillet 2019