Synthèse de la réunion publique avec Jean-Louis Touraine

Conférence débat sur la fin de vie avec Jean-Louis Touraine

Député LREM du Rhône, professeur de médecine et rapporteur de la commission bioéthique, Jean-Louis Touraine domine son sujet et nous présente un brillant exposé, non sans humour. Devant un public d’environ 200 personnes, attentif, intéressé et souvent approbateur, il s’attache à montrer les difficultés et les problèmes de la situation du « mourir » en France actuellement. Par là même, et tout en reprenant en détail sa proposition de loi sur la fin de vie, il répond à l’avance aux opposants, illustrant son discours par des exemples précis issus de son expérience de médecin.

Les arguments de Jean-Louis Touraine 

 

  • Chaque année, plusieurs centaines de Français vont mourir en Belgique, aucun Belge ne vient en France pour la même raison.
  • Les soins palliatifs (SP) et l’aide active à mourir (AAM) sont complémentaires, ils ne s’opposent pas, et l’agonie n’est pas la vie.
  • La sédation profonde et continue provoque une insuffisance rénale et on ne sait pas ce que ressent la personne concernée. Selon le Dr Véronique FOURNIER (CNSPFV), il se réalise aujourd’hui moins de sédations profondes et continues qu’avant le vote de la loi CLAEYS-LEONETTI. La procédure est très rigide et pas adaptée à tous les malades.
  • Les demandes d’AAM représentent 2,8% des décès. Dans les services de SP, on refuse d’entendre les demandes, il faut donc faire changer les mentalités. L’AAM est une délivrance, le responsable de la mort est la maladie, pas le médecin.
  • Il existe des dérapages en France : l’AAM est refusée à des personnes qui la demandent, tandis que, selon une étude INED, de 1200 à 4800 personnes reçoivent chaque année une injection létale alors qu’elles n’ont rien demandé.
  • La loi, telle que proposée par Jean-Louis Touraine et les 150 députés qui le suivent, devrait pouvoir passer. Mais tous les problèmes ne seront pas alors résolus, par exemple celui des maladies neurologiques (Alzheimer, Charcot…) et ceux posés en néonatologie.
  • Emmanuel MACRON, interrogé sur ce qu’il souhaiterait pour lui, a répondu “à la fin, je voudrais choisir, moi”.

 

discussion autour de la fin de vie avec Jean-Louis Touraine

 

Discussion/débat

 

Plusieurs remarques portent sur l’importance des Directives Anticipées, leur rôle et celui de la personne de confiance, leurs limites en l’état actuel des choses.

Les limites de la loi

Denis LABAYLE, médecin favorable à l’AAM, note que la proposition de loi de Jean-Louis Touraine introduit les mêmes limitations que la loi CLAEYS-LEONETTI : “douleurs/ souffrances intolérables telles qu’aucun traitement ne peut y remédier”. Jean-Louis Touraine précise que ce point sera modifié dans la prochaine proposition qu’il déposera. Il avait mis cette précision pour rassurer certains députés hésitants et pouvoir recueillir un maximum de soutiens.

Faire avance la loi

François LAMBERT demande ce qui fera que la nouvelle proposition sera débattue.

Jean-Louis Touraine reconnaît qu’il n’a aucune garantie. Les citoyens devront se manifester auprès du Président de la République. Il note par ailleurs que la formation des médecins ne comportait rien sur la fin de vie jusqu’à il y a peu et que les lois n’ont pas fait progresser les choses, bien au contraire.

Denis LABAYLE remarque que lorsqu’une loi est votée et que les médecins l’appliquent, la situation s’améliore vite. Il prend comme exemple l’utilisation de la morphine dans les traitements contre la douleur.

Le cas des maladies psychiatriques

A une question sur les maladies psychiatriques, Jean-Louis Touraine répond que l’AAM ne pourra être obtenue tout de suite. Il faudra d’abord obtenir ce qui relève des cas les plus fréquents en fin de vie.

Le cas des poly-pathologies

A la suite d’une question sur le grand âge et les poly-pathologies, Jean-Louis Touraine souligne que le sujet pourrait donner lieu à des interprétations malveillantes. Il redoute aussi que ceci conduise à diminuer les dépenses de recherche sur la longévité et les remèdes qui peuvent y être apportés. En effet, si la France se classe première des pays où l’on vit le plus longtemps, elle n’est pas en tête pour ce qui concerne la durée de vie en bonne santé.

Les obstacles au vote de la loi

A la question sur les obstacles au vote de la loi pour une « assistance médicalisée active à mourir », il répond que ce sont principalement les hiérarchies religieuses, une partie du corps médical formé à une autre époque et l’actuelle ministre de la santé, farouchement opposée à l’euthanasie. Il note que la question de la fin de vie a toujours été considérée comme une question médicale alors qu’elle ne l’est pas. Il ajoute que, dans l’Assemblée Nationale actuelle, les députés réticents sont déterminés et ont de l’influence. En outre, les mouvements conservateurs ne doivent pas être sous-estimés, ils sont très puissants et s’opposeront à toute extension du champ de la loi.

Conclusion

En conclusion, JLT rappelle les conditions dans lesquelles est passée la loi VEIL, les concessions faites pour neutraliser les opposants et les améliorations apportées par la suite.

Tous les espoirs nous sont permis ?