Le Choix rappelle ses valeurs

Les valeurs du Choix

Le 4 décembre 2019

communiqué

Depuis quelques semaines maintenant, Le Choix, Citoyens pour une mort choisie s’est trouvée dans la ligne de mire d’un certain nombre de personnes en raison de ma prise de position à propos de la pétition d’Ultime Liberté (publiée sur Change. org le 26 octobre 2019), pétition lancée pour “demander  une transformation profonde de la législation française encadrant la mort volontaire (suicide)”.

La pétition d’Ultime Liberté m’est apparue en inadéquation avec le problème engendré par les perquisitions qui ont eu lieu mi-octobre. Cette vaste opération de police, ayant visiblement des sources  internationales, a eu lieu pour rechercher des détenteurs de produits létaux aux quatre coins de notre pays, et également Outre-mer. Les témoignages relatés dans les media ont mis en évidence que ces personnes détenaient des produits létaux dans l’unique but de pallier les carences de la loi actuelle qui ne permet pas aux citoyens souffrant de maladies incurables, invalidantes, de multi-pathologies, de lassitude due au très grand âge, de décider pour eux-mêmes du moment et de la manière de terminer leur vie.

Ces personnes savaient qu’elles ne trouveraient pas en France de solution pour quitter ce monde hic et nunc, si elles étaient atteintes d’un mal incurable et invalidant, et quand, n’ayant plus d’espoir de guérison ou des conditions de vies trop détériorées, leurs souffrances seraient insupportables. Elles préféraient donc anticiper en se procurant les produits qui leur permettraient d’agir.

Dans l’attente d’une loi que nous appelons de nos voeux, des hommes et des femmes avaient cru s’être procuré la possibilité de ce choix. Elles sont aujourd’hui victimes collatérales de ces opérations de police. Elles sont maintenant dans une totale désillusion, désemparées, et sans doute pour certaines d’entre elles, désespérées. Et je tiens à les assurer ici de ma solidarité.

Ultime Liberté voulant exprimer une indignation légitime contre la violence de ces perquisitions au  domicile de personnes souvent âgées, a lancé une pétition dont la rédaction est peut-être allée au-delà de ce que voulaient exprimer ses auteurs. Ce texte m’a paru dangereux car il peut  être utilisé par les opposants à toute avancée législatives dans notre pays  et annihiler le travail accompli depuis des années par tous ceux qui souhaitent pouvoir choisir leur fin de vie dans un cadre éthique.

Ainsi, l’idée qu’une “dose létale” puisse être délivrée à “tout majeur et juridiquement capable” sans raison médicale me paraît dangereuse, car pouvant alimenter les critiques des détracteurs d’une évolution de la loi, mais aussi susciter les réserves des citoyens qui y sont favorables. Je crois cette demande de nature à discréditer sans distinction tous ceux qui luttent depuis parfois plus de 30 ans pour obtenir la légalisation de l’aide active à mourir en France.

Pouvons-nous imaginer qu’il y aurait des députés dans l’hémicycle pour défendre la mise à disposition légale d’une “dose létale” sans condition, dès la majorité du citoyen, si un tel projet de loi était déposé ?

Y aurait-il des médecins pour la prescrire sans diagnostic ?

J’aimerais rappeler ici que  Le Choix a été créée pour porter la parole des signataires de la pétition de Marie Godard et la mienne, après que nos deux pétitions aient permis nos auditions par le Conseil Economique Social et Environnemental (CESE) et le vote favorable du CESE à une évolution de la loi.

A aucun moment durant toutes ces années Marie Godard ou moi-même n’avons évoqué le  suicide. Nous avons toujours parlé d’aide active à mourir, de suicide assisté, de suicide  médicalement assisté, et d’euthanasie. Autour de nous, les pays qui ont légalisé ou dépénalisé l’aide active à mourir sont devenus des exemples d’écoute, de respect et d’accompagnement, dans un cadre aussi précis que possible pour éviter les abus qui pourraient être traumatisants pour tous. La Suisse et la  Belgique ont depuis toujours  été nos modèles et nos références.

Enfin, le Choix, Citoyens pour une mort choisie n’a été associée d’aucune manière au  projet de pétition d’Ultime Liberté, et dans la mesure où personne ne nous a demandé d’en être solidaires… nous sommes dans l’impossibilité technique de nous “désolidariser” comme cela est également reproché à notre association.

Ouvrir le suicide comme un droit, de tous les citoyens quels que soient leur âge et leur condition de santé, ne me paraît pas plus souhaitable aujourd’hui qu’hier dans les sociétés antiques, sauf à considérer que la mort est préférable à la vie (Hégésias de Cyrène). Rappelons que même dans l’antiquité où le suicide était admis et reconnu comme un droit de l’individu, il était juridiquement encadré (cf les lois de Platon et le droit romain).

Notre lutte pour nos idées est longue et difficile. Nous avons besoin de rassembler toutes nos énergies et de mettre toutes les chances de notre côté pour voir un jour une loi votée, qui puisse être applicable.

Nathalie Debernardi

co-présidente du Choix, Citoyens pour une mort choisie

Auteur de la pétition Pour une Loi sur le suicide assisté.

Paris, le 4 décembre 2019