Plaidoyer pour un médecin

La pétition en faveur du docteur Méheut a recueilli en quelques semaines plus de 900 signatures de médecins. De plus, elle a reçu le soutien officiel de la Fédération des Médecins de France (FMF), fédération peu connue pour son activisme dans le domaine de la fin de vie.

Les signataires exigent que soient levées immédiatement les sanctions  décrétées par le procureur contre leur confrère, condamné à toute cessation d’activité professionnelle avant même d’avoir été jugé et ce, malgré une pratique médicale exercée depuis plus de trente ans.

Que lui est-il reproché ? D’avoir eu le courage de prendre en charge des patients en fin de vie en les maintenant à leur domicile et, pour cela, d’avoir employé du Midazolam (Hypnovel), un produit anesthésique, largement utilisé dans le cadre des soins palliatifs. Un médicament proposé par la Haute Autorité de Santé pour réaliser la « Sédation terminale », telle qu’elle est prévue dans la loi de 2016. Seul problème, ce produit n’est disponible qu’en structure hospitalière. Pour en faire bénéficier ses patients ce médecin travaillant en milieu rural a dû faire appel à sa femme anesthésiste. Empêcher les médecins généralistes de prescrire des sédations terminales est une position triplement absurde : elle réduit pour le malade en phase terminale la possibilité de mourir à son domicile entouré des siens, elle coupe le lien établi entre le patient et son médecin généraliste, elle impose une hospitalisation inutile et pas toujours réalisable du fait du manque de lits et de personnels soignants dans les structures hospitalières.

S’agit-il d’une simple lacune législative ou plutôt d’une preuve supplémentaire de la volonté des promoteurs de la loi de réduire au maximum le recours à la sédation terminale en fin de vie. Cette nouvelle affaire prouve, une fois de plus, que la loi en 2016 dite Claeys-Léonetti, par ses imprécisions et ses restrictions ne répond pas aux demandes de la population et cache en réalité bien des divergences philosophiques. Certes la loi a obtenu un vote unanime des députés à l’assemblée nationale, mais une telle unanimité est loin d’être garante de vérité. Rares sont les lois sociétales qui n’ont pas fait l’objet d’âpres débats.  Il reste au final un texte ambigu, rigide, qui maintient la menace permanente de sanctions. Rien n’est plus simple ensuite pour les promoteurs du texte d’accuser les médecins de méconnaître la loi.

Derrière ces restrictions législatives se poursuit le débat entre ceux qui prônent la déshydratation accompagnée d’une sédation à minima au nom du respect de la nature et ceux qui estiment qu’il est du devoir du médecin d’accompagner son patient jusqu’à la fin en lui permettant de bénéficier, s’il le désire, d’une sédation terminale rapidement efficace, autrement dit une aide médicale à mourir.

Les défenseurs de « la vie coûte que coûte » cherchent depuis des années et par tous les moyens à limiter au maximum l’emploi des médicaments capables d’assurer une fin de vie douce. Pour eux le respect de la nature consiste en priorité à créer une insuffisance rénale terminale par déshydratation dont l’installation – on le sait- peut nécessiter plusieurs jours, voire plusieurs semaines et dont la souffrance engendrée reste impossible à évaluer quoiqu’en disent ses défenseurs.  Où est le naturel dans tout cela ? Cette attitude prolonge inutilement une agonie souvent inhumaine. Que ceux qui, au nom de leurs conviction philosophiques ou religieuses, souhaitent bénéficier pour eux-mêmes d’une telle pratique, nul ne s’y opposera, mais qu’ils ne l’imposent pas à ceux qui réclament le droit de mourir avec plus de douceur et d’humanité. Combien de médecins doivent-ils encore être injustement sanctionnés avant que l’on obtienne une nouvelle loi ? Un changement réclamé par la très grande majorité de la population comme le prouvent toutes les enquêtes d’opinion. Nos voisins belges et hollandais ont adopté depuis dix-huit ans des lois plus humaines, jamais remises en question. Seraient-ils si différents de nous ? Sont-ils des inconséquents ? Pire des barbares ? Dans ce cas, pourquoi tant de français franchissent-ils la frontière pour aller chercher là-bas l’aide qu’on leur refuse ici ? Alors de quel côté se trouve la vraie humanité ? Du côté de ceux qui prolongent une agonie inutile ou du côté de ceux qui cherchent à la réduire en tenant compte du désir de chacun ?

La société ne peut à la fois reprocher à ses médecins une attitude timorée face à la fin de vie, et les sanctionner dès qu’ils répondent en conscience aux désirs exprimés par leurs patients. La sanction dont est victime ce médecin normand ne va certainement pas encourager le reste de la profession à prendre des risques.

Avec le vieillissement de la population, de plus en plus d’électeurs se sentent concernés directement ou indirectement par ce sujet. Nos hommes politiques avides de réformes devraient y réfléchir sérieusement.  Serait enfin votée une loi qui satisferait une très large  majorité de citoyens, ce qui n‘est pas si fréquent !

Le docteur Denis labayle

Ancien chef de service du Centre Hospitalier Sud Francilien

Co-président de l’association Le Choix- Citoyens pour une mort choisie

Docteur Denis Labayle

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