Grenoble – Réunion publique du 1er février

Etaient présents sur l’estrade : Les docteurs Denis Labayle, nouveau co-président de l’association Le Choix et Yves de Locht, généraliste belge, nos invités. Les encadrant : Christian Gachet, coordinateur entre les représentations régionales et le Choix national ; Nathalie Andrews, ancienne administratrice de l’ADMD Belgique, également coordinatrice des représentations régionales du Choix et Marielle Mas, représentante du Choix pour l’Isère.

 

Marielle Mas présente l’association “LE CHOIX” en Isère : sa représentation, son fonctionnement, ses objectifs. Elle signale le départ de Pierre Franchi qu’elle remercie vivement pour son travail efficace au sein de l’équipe locale et présente le nouveau co-président du CHOIX au niveau national : le Dr Denis Labayle, auteur de nombreux livres dont “Pitié pour les hommes”, et le livre qu’il dédicacera en fin de séance. Le docteur de Locht, également auteur d’un livre « Docteur, rendez-moi ma liberté » qu’il dédicacera en fin de séance. Outre son travail de généraliste, le docteur de Locht accepte de recevoir certains malades français qui, souffrant de cancers avancés ou de maladies dégénératives, viennent rechercher en Belgique les soins ultimes qu’ils ne peuvent recevoir en France, faute d’une loi humaine. Il est débordé par les demandes de plus en plus nombreuses, et n’accepte plus que les cas les plus désespérés.

 

Le Dr Labayle rappelle la raison de son adhésion à l’association LE CHOIX après avoir œuvré au sein de l’ADMD, dont il a fini par démissionner. Son engagement au CHOIX est ancré dans des convictions fortes sur la fin de vie et la liberté de chacun de pouvoir en décider : beaucoup de travail en perspective à envisager ensemble avec les médecins, les soignants, les politiques. Le combat sera long et difficile, il faut accroître notre visibilité et le nombre de nos adhérents, mais les choses se présentent plutôt bien.

Au niveau de l’organisation nationale du CHOIX : on reste vigilant sur sa gestion démocratique en laissant aux antennes locales leur autonomie de budget et de fonctionnement.

 

Le docteur Yves De Locht prend la parole :

– médecin généraliste en Belgique depuis 40 ans,

– Il pratique l’euthanasie, dépénalisée en Belgique depuis 2002, et rappelle que tout patient dans son pays a aussi droit à des soins palliatifs, ce qui est loin d’être le cas en France où seulement un quart des besoins sont couverts. Contrairement à la France où les responsables de soins palliatifs s’opposent très vivement au principe même d’une aide active à mourir, en Belgique, ces soins sont complémentaires de l’euthanasie.

 

Pour envisager une euthanasie, il faut :

– que la demande du patient soit écrite, répétée, volontaire et réfléchie

– qu’il ou elle souffre d’une affection grave, ou des suites d’un accident sans espoir de récupération, incurable confirmée par un certificat médical

– qu’il ou elle subisse des souffrances physiques ou psychiques insupportables et inapaisables.

 

Tous les médecins et soignants belges peuvent s’informer et se former sur la façon d’aborder les problèmes de fin de vie, grâce à la formation EOL, dispensée chaque année.

L’euthanasie est un acte pratiqué par un médecin par injection ou, si le patient choisit le suicide médicalement assisté, par absorption d’un liquide létal.

La loi protège le médecin et le malade. Aucun membre de la famille n’a son mot à dire dans la décision du patient qui veut en finir. Mais il est important que cette personne ait discuté de sa décision avec des membres de sa famille et en ait évoqué le suivi et les conséquences.

Parfois des enfants accusent les médecins après coup de ne pas avoir été consultés ou avertis, et certains vont jusqu’à porter plainte contre eux. Dialogue nécessaire aussi entre le patient et le médecin. L’acceptation du médecin soulage souvent les patients d’un grand poids : ils/elles vont pouvoir vivre leurs dernières semaines (ou mois) beaucoup plus sereinement, sachant que, lorsqu’ils/elles) n’en pourront plus, quelqu’un sera là pour les aider à partir sereinement.

 

En France, compte tenu des approximations de la loi Claeys-Léonetti de 2016, et de ses insuffisances, de très nombreux Français tentent de bénéficier d’une euthanasie en Belgique, et se pressent dans les cabinets des quelques médecins encore d’accord pour les recevoir et déterminer, dossier médical à l’appui, s’ils sont éligibles à cette procédure. Le nombre des candidats augmente chaque année ; les médecins belges n’en peuvent plus, et finissent par s‘insurger contre cette façon qu’a la France de ne pas répondre aux demandes de ses citoyens, et d’exporter leurs misères et leurs angoisses dans ce pays voisin. Ces médecins ont leurs propres malades à soigner, et ne peuvent plus accepter ces demandes émanant de citoyens européens venant de divers pays où l’euthanasie n’est toujours pas dépénalisée.

Certains médecins belges, pour des raisons éthiques ou religieuses, n’acceptent pas de pratiquer des euthanasies pour leurs patients. Dans ce cas, ils doivent transmettre la demande d’euthanasie d’un patient à un autre médecin volontaire au moins une semaine à l’avance, ou s’adresser au Forum EOL. La loi belge encadre très strictement les actes d’euthanasie, et un médecin belge ne peut pas pratiquer l’euthanasie hors de la Belgique. Même en Belgique, il arrive que les médecins pratiquant l’euthanasie reçoivent des menaces… il y a toujours des opposants à cette loi, notamment dans certains établissements de personnes âgées, même s’ils ne peuvent l’interdire.

L’euthanasie pour les enfants mineurs est possible dans certaines conditions (souffrances physiques uniquement et décès prévisible à brève échéance) depuis 2014 : l’enfant peut en faire la demande avec l’accord des parents et l’avis d’un pédopsychiatre. Acte que le Dr Yves de Locht se refuse à pratiquer pour des raisons personnelles ; c’est une charge émotionnelle trop lourde. De plus, cet acte se pratique généralement en milieu hospitalier.

 

Quelques réflexions du docteur Labayle sur ce qui se passe en France :

– On estime que, chaque année, 3 à 4000 euthanasies sont pratiquées dans la clandestinité, parfois sans même avoir demandé son avis au patient. L’hypocrisie sur ce sujet est totale et scandaleuse.

Pourquoi cette hypocrisie ? Quelles sont les forces qui s’opposent à l’aide active à mourir ? Comment les combattre ? On connaît l’opposition religieuse qui s’exprime contre toute intervention sur la fin de vie et l’opposition du Conseil de l’Ordre des médecins dans ce domaine.

– on déplore le manque d’offres de soins palliatifs qui ne pourront pas se développer compte tenu du manque de personnel médecins et infirmiers (crise médicale majeure qui s’installe…)

– on meurt très mal en France : 75 % des français meurent à l’hôpital, alors que la quasi-totalité d’entre eux souhaitent mourir chez eux !

D’où la nécessité absolue d’obtenir une nouvelle loi qui tienne vraiment compte des aspirations de 92 % de nos concitoyens. Certains parlementaires ont fait des propositions dans ce sens, notamment les députés « La République En marche », Jean-Louis Touraine, socialiste, Olivier Falorni, et la députée de la « France Insoumise » Caroline Fiat, qui ont convaincu plus de 200 parlementaires de différents bords, de voter en faveur d’une aide active à mourir.

 

Ce n’est pas à la Belgique ou à la Suisse de régler le problème de la souffrance des français en fin de vie. Nous sommes tous concernés et nous devons tous nous “bouger”

Denis Labayle souhaite organiser des opérations « coup de poing » ponctuelles, et constituer pour ce faire une liste de personnes qui accepteraient de se mobiliser rapidement pour manifester de façon réactive, voire ludique, quand on les solliciterait.

 

– Il est important aussi de maintenir l’unité entre associations qui défendent les mêmes objectifs en ce qui concerne la fin de vie des français : Le Choix – Ultime Liberté – ADMD, même si nos méthodes diffèrent

 

– Il faut s’informer et en discuter avec nos familles, nos amis, nos enfants et autour de nous.

Comment dire notre revendication de liberté jusqu’au bout de la vie ? comment être écoutés ?

 

Le débat s’engage ensuite avec le public. Chaque intervenant répondra. Une question récurrente : Pourquoi les trois associations citées, dont les objectifs sont les mêmes, ne travaillent-elles pas ensemble ?

On rappelle au public qu’un texte existe sur le site du Choix, titré « Pourquoi trois associations ? ». Isabelle Rama rappelle aussi les perquisitions récentes dont ont été victimes des adhérent(e)s d’Ultime Liberté, qui détenaient illégalement des flacons de liquide létal envoyé par un vétérinaire d’Amérique latine. « Ultime Liberté » diffère du Choix en prônant un accès inconditionnel (non lié à l’existence d’une maladie mortelle, par exemple) aux substances létales, ce que nous refusons pour notre part. Nous pensons que toute euthanasie ou suicide assisté doit être strictement réglementé, et ne doit pas être accessible à n’importe qui, n’importe quand.