PRESENTATION François LAMBERT

Je suis le neveu de Vincent Lambert. Tout le monde connaît son histoire, sans la connaître vraiment. Son cas a démontré que la loi avait pour dernier but seulement la lutte contre l’acharnement thérapeutique. Il a aussi notamment révélé la force des lobby (médical, religieux, politique…), qui empêchent qu’une loi digne de ce nom n’émerge. Il a mis en évidence la collusion non assumée entre léonettistes et pro-vies.

Pourquoi je rejoins le Choix ? Après discussions avec des membres du collège décisionnel, il m’apparaît que l’ouverture et le pragmatisme y dominent. Association récente, qui n’est pas encore atteinte par le poison des éléments de langage simplistes, elle cherche à éviter de se mettre dans une impasse, et n’enferme pas les victimes de la loi actuelle dans un pathos militant. Elle défend la liberté et la responsabilité des patients, et non celles du médecin.

Je ne me satisfais pas de la loi, mais je ne lui souhaite pas de donner lieu à des expériences éprouvantes en pensant que cela serve la cause. Je veux donc également évoquer son évolution. On peut vouloir une nouvelle loi ET tenter d’obtenir des changements à l’intérieur de la loi. Les deux ne sont pas incompatibles. C’est ce que j’ai défendu pendant l’affaire, d’ailleurs. On ne sait en réalité pas par où l’évolution souhaitée pourrait arriver, et il faut être présent sur tous les fronts.

J’espère pouvoir apporter, en tant qu’avocat qui prêtera serment dans quelques semaines, mon expérience, notamment dans l’identification des blocages, alimentés parfois par de fausses bonnes solutions qui ne font que les renforcer, et la façon d’y remédier. Ce pour créer un cadre juridique qui coupe l’herbe sous le pied des opposants, lesquels parviennent à convaincre, notamment parce-qu’ils ne sont pas tout le temps dans la mauvaise foi.

J’espère ainsi poser les premières pierres de la réflexion qui se tiendra au Comité consultatif du Choix, qui devrait être, et sans nul doute sera, un organe pluridisciplinaire.

Le but est d’obtenir que des médecins ne puissent plus considérer que la souffrance des proches ou des patients est un plébiscite de leur personne, mais qu’ils soient contraints d’y répondre médicalement ou de laisser leur place.

Pour qu’une certaine justice ne soit pas dans une relation hypocrite et dans un jeu de rôle avec les plus rétrogrades du lobby médical, mais qu’elle se donne les outils pour être respectée et travailler avec le corps médical en bonne intelligence, a posteriori mais aussi a priori. Car sauf à modifier la Constitution, sauf à s’extraire de la Convention européenne des droits de l’Homme, il est impossible d’exclure la justice de la fin de vie.

Dans mon esprit de juriste, c’est heureux. Mais alors la justice doit tenir son rôle. Elle ne doit pas être sensible qu’aux chants des sirènes des défenseurs de la vie et ne doit pas défendre le choix de certains médecins de maintenir en vie coûte que coûte.

Il existe des juridictions spéciales, pour s’adapter à la complexité et la rapidité de la vie économique par exemple. Pourquoi ne pas en imaginer une pour la fin de vie, qui ne serait pas composée exclusivement de juristes ? J’y vois de nombreux intérêts. C’est en tout cas une piste à creuser, parmi d’autres.

septembre 2019